La pyrogazéification, un véritable enjeu d’avenir

En circuit court, la pyrogazéification pourrait traiter certain déchets solides des territoires, afin de produire chaleur et électricité. Un bon complément avec la méthanisation qui valorise les fermentescibles !

 La pyrogazéification, un véritable enjeu d’avenir

En France, les acteurs de la gazéification et de la pyrogazéification sont prêts à déployer leurs technologies. Objectifs ? Apporter une réponse innovante et performante pour mieux valoriser énergétiquement la biomasse et les déchets au niveau des territoires, en complément des procédés existants. En effet, les systèmes de pyrogazéification s’alimentent grâce aux déchets solides  locaux non traités   et non   méthanisables  : le bois, les branches, les souches d’arbre, la paille, le bois issu de l’ameublement. « Mais pas seulement », complète Philippe Hugeron, président du Club Pyrogazéification, qui regroupe 80 acteurs nationaux. « La pyrolyse et la gazéification permettent d’élargir les ressources éligibles à la valorisation énergétique. » Véritable atout pour l’économie circulaire, la pyrogazéification pourrait permettre de parvenir à 100 % de gaz issu d’énergies renouvelables d’ici à 2050. Selon une étude de l’Ademe, sur les 460 TWh de gaz qui couvriraient l’ensemble de la demande en France en 2050, 30 % seraient issus de la méthanisation, 30 % du power-to-gas (stockage du gaz) et 40 % de la pyrogazéification.

Des centrales pilotes

« Nous travaillons sur le modèle économique de la filière avec GRDF, GRTgaz et Engie pour l’injection de gaz renouvelable dans les réseaux », indique Philippe Hugeron. En attendant de structurer la filière, les acteurs réclament le droit à l’expérimentation. Ainsi, des centrales pilotes sont déjà opérationnelles en France et ont nécessité jusqu’à plus de 70 M€ d’investissement de la part d’opérateurs privés, d’industriels et de collectivités territoriales. « Mais cela reste une vraie pagaille administrative », reconnaît Frank Mainard, Associé AHCS , constructeur d’installations de gazéification et membre du Club Pyrogazéification. « Notre ambition est de montrer aux pouvoirs publics notre capacité à nous intégrer dans la politique de transition énergétique et à assurer le déploiement industriel. Ce qui manque aujourd’hui, c’est tout autant le cadre réglementaire d’une ICPE, que législatif, notamment concernant le tarif de rachat de l’électricité  », regrette-t-il.

Un gisement de matière à traiter

Pourtant, les retours d’expériences sont très prometteurs. Une trentaine d’unités de production sont déjà installées en France. Les plus petites comptent pour 50 Kwh de production et traitent 300 tonnes de déchets par an. Les plus grosses pèsent produisent 12 Mégawatt heure soit 18 Mégawatt thermiques et avalent 50.000 tonnes de déchets par an. « La plus petite unité loge dans un conteneur et peut facilement être connectée à plusieurs bâtiments », note Frank Mainard. De quoi alimenter en électricité et chaleur des petits collectifs, des bâtiments publics ou agricoles. Les opérateurs ont même déjà pensé à une installation pour maisons individuelles. « Pour un particulier, l’unité de production ne serait pas plus grosse qu’un local à poubelle. On pourrait y connecter plusieurs maisons et les rendre autonomes en les reliant au réseau électrique et de gaz de ville ». Tailles de haies, branchages et petit bois pourraient alors permettre à un petit quartier de tendre vers l’autonomie. Frank Mainard calcule : « sur le territoire de Vannes, dans le Morbihan, 18 000  de tonnes de déchets verts sont collectés chaque année dans les déchetteries. Dont 9.000 tonnes de bois. A cela s’ajoute environ 10.000 tonnes de tailles de haies et d’élagage des professionnels et encore un flux de déchets de bois de mobilier. Il n’existe rien pour valoriser localement ces déchets.Or les systèmes d’installations de gazéification existent ! » En amont de la gazéification, la pyrolyse permettrait elle aussi de transformer des mélanges de plastiques en nouvelle matière réutilisable. « La pyrolyse est une solution pour donner un exutoire à de nombreux déchets non recyclables, et dont le dimensionnement s’intègre parfaitement aux problématiques locales », assure Philippe Hugeron.

Traiter les déchets localement

Et tout l’enjeu est là : traiter localement des déchets produits localement. Mettre en place un véritable circuit court, notamment en matière de traitement des déchets bois et non fermentescibles. Derrière les systèmes de pyrogazéification, c’est toute une filière qui ne demande qu’à éclore. Des emplois créés pour faire fonctionner les centrales, sans compter les emplois induits dans la collecte, le traitement et la revente de l’électricité produite. Le Club Pyrogazéification entre alors dans une nouvelle phase. Après les Assises en septembre 2018, est désormais venu le temps du lobby et de la pédagogie. « Nous allons prendre rendez-vous avec une centaine de députés pour leur faire la démonstration industrielle de l’équipement », assure Frank Mainard. Reste donc à créer cet écosystème favorable au développement d’une filière d’avenir.